Mon ex-épouse a abandonné ses enfants, je le précise, parce que les élever ne permettait plus de "s'amuser"!!!
Je n'ai aucune haine contre elle, ça fait 11 ans qu'elle est partie, elle n'a jamais cherché à revoir son fils et sa fille, elle n'a envoyé que 3 cartes postales les deux premières années.
Je pense pour autant (et je me suis battu pour cela), que les enfants doivent se faire une idée seuls. Je me refuse à leur interdire d'écrire (téléphoner est plus dificile vers Tahiti, en raison du coût). Ils verront plus tard quelle suite donner à l'attitude de leur mère.
Merci d'avance si cette question peut être posée, cet ou ces avis sont importants pour m'aider à comprendre un peu et expliquer ensuite un peu mieux à mes enfants."
(Septembre 1999 - Voir plus loin)

Je ne crois pas aux liens du sang, pour la bonne et simple raison que...
Avant ma fille, j'ai eu un autre enfant... Un garçon ("accidentel" lui aussi, mais que j’ai tout fait pour garder, défiant même ma mère, simplement parce que j'étais amoureuse du père, un italien rencontré en vacances), que j'ai eu, à Bruxelles, à l'âge de 26 ans, et pour lequel, une fois né, je n'ai pas ressenti grand-chose non plus. Sans doute est-ce dû au fait que je ne m’en occupais pas beaucoup et que, étant seule et travaillant la nuit, je devais forcément le confier à des crèches privées ou à des familles d’accueil. Il a finalement suivi le même chemin que ma fille.
Vers ses 4 ans, suite au peu d’intérêt que je semblais porter à mon enfant, les services sociaux s'en sont mêlés, et ils me l'ont enlevé pour le donner en adoption. Je n’ai ni lutté, ni rien fait pour contester. Ma mère, qui ne s’en occupait guère plus que moi (car pas trop, trop, maternelle elle non plus et aussi trop prise par son travail et autres obligations ou loisirs), a juste tenté de pouvoir en assumer la tutelle, qui lui fut toutefois refusée. Pour ma part, je n’ai jamais été convoquée ou interrogée par personne, pas d’entretien avec qui que ce soit, pas l’ombre d'un psy ou d’une assistante sociale. Il est vrai que j’appartenais à une famille aisée, donc ce n’était pas leur problème…
La seule différence entre ces 2 adoptions, est qu'avec la loi belge qui garantit le droit aux origines, ma mère, de son vivant, avait en revanche été autorisée à rencontrer son petit-fils quelques fois par an, et donc, je sais tout sur lui, son nouveau nom, prénom et adresse, le genre de famille qui l'a adopté... ... mais je ne me suis jamais intéressée de savoir quoi que ce soit, comme si tout cela ne me concernait déjà plus… Et plus que probablement, lui aussi sait tout sur moi, du moins sur ses origines et le début de son histoire... Il n'a qu'à ouvrir un bottin téléphonique pour me trouver (il n'y a que moi à Bruxelles avec mes nom et prénom), je suis de retour en Belgique depuis 9 ans, et je n'ai jamais eu signe d'une tentative de recherche de sa part.
De mon côté, ce fils n'a jamais vraiment compté ni existé pour moi, c'était une erreur, voire même une folie, de jeunesse, un accident de parcours, un acte de complète immaturité et irresponsabilité, un caprice de petite fille: c'était devenu «à la mode» d'être fille-mère à cette époque-là, j’étais fière de pouvoir aller me promener, moi aussi, comme toutes mes copines, au parc ou en ville avec mon landau et mon poupon.
Mais, bien qu’habitant juste à côté de la crèche, je n'allais que rarement le voir, je payais les frais pour qu'il ne manque de rien, mais devoir aller le chercher les après-midi ou le week-end m’embêtait plus qu’autre chose. Car sur le plan affectif, je pense qu’il ne s’est jamais créé de lien réel entre lui et moi, et lui-même d'ailleurs ne semblait guère bien me connaître: je venais, je partais, on se séparait sans problème ni scènes de pleurs, moi je n’éprouvais pour lui ni amour particulier ni indifférence, notre relation se vivait tranquillement, ni plus ni moins, comme si cela était tout simplement normal. Mais je ne me rappelle pas avoir jamais serré cet enfant très fort dans mes bras; il faisait dorénavant partie de ma vie puisque je l'avais voulu, oui, mais je ne l’ai jamais ressenti comme «une partie de moi», et je n’ai gardé que très peu de souvenirs de lui… Juste ces bizarres petits coups de pieds dans le ventre, le terrible mal au dos des derniers mois, les horribles et insupportables douleurs des contractions qui durèrent deux jours, et le fameux «merde!» que ma mère proclama en salle d’accouchement lorsqu'on lui annonça que c’était un garçon!
Et puis aussi…, ces pleurs, ces hurlements qui n’en finissent pas et dont on ne comprend pas la raison, ces pleurs épouvantables qui parvinrent à me rendre à moitié folle au point de finir un jour par le battre avec une ceinture pour le faire taire… le seul geste qui me soit resté sur la conscience au fil du temps...
Des joies, des émotions intenses, du bonheur, des souvenirs heureux ou plaisants? Rien dont je me souvienne… Il était sage, facile et bien réussi, oui, de cela j’étais fière…
Quand on me l'a enlevé (après quand même une tentative de ma part de le «soustraire» aux services sociaux en l’envoyant séjourner plusieurs mois en Tunisie, dans la famille de mon «fiancé» du moment - un splendide mâle aux yeux verts, mais qui vivait à mes crochets!...), j'ai quitté la Belgique pour recommencer une autre vie ailleurs et tourner définitivement la page sur le passé, mais surtout sur la vie débridée que je menais.
J'ai oublié ce fils très rapidement, en moins d’un an, et depuis, je n'ai pratiquement plus jamais pensé à lui, à aucun Noël ou jour d'anniversaire sa pensée ne m'a plus traversé l'esprit. Et d’ailleurs, pourquoi aurais-je dû être triste? La vie me souriait à nouveau et j’en profitais au maximum, j’avais à peine fait un gros héritage, j’étais jeune, belle et courtisée, j’avais réalisé mon rêve – aller vivre en Italie sur la Méditerranée – tandis que lui grandissait heureux et serein avec des frères et sœurs, sans donner le moindre signe de souffrance ni créer le moindre problème... Il était sûrement mieux là où il était qu'avec moi.
Mais aussi, «JE SAVAIS» OÙ IL ÉTAIT ET QU'IL ÉTAIT EN BONNES MAINS....
Et aujourd'hui, (25 ans après), je n'éprouve toujours pas la moindre envie de le revoir. Pour moi cet épisode fait partie d’un très lointain passé qui ne semble même plus m’appartenir, c’est une affaire classée depuis longtemps, un dossier enfoui sous des tonnes d’autres souvenirs beaucoup plus marquants et importants. S'il devait un jour me contacter, je l'accueillerais gentiment et surtout avec curiosité, mais comme un simple étranger, ni plus ni moins, je lui donnerais les explications qu'il attend, mais je doute très fort que mon coeur se mette à battre d’émotion, tout comme je doute fort que s’entendre raconter tout ceci puisse lui être d’un grand réconfort...
À différence de ma fille pour qui, 7 années après, j’ai dû vraiment lutter toute seule – peu de temps après sa naissance, je perdais ma mère, mon seul et unique point de repère –, que j’ai tenue de longues périodes avec moi - créant ainsi inévitablement des liens d’attachement -, et pour qui, pendant 4 ans, je me suis réellement arrachée les cheveux de la tête afin de trouver des solutions à notre situation, l’idée de l’abandonner ne m’ayant JAMAIS effleurée un seul instant.
À différence de ma fille donc pour qui je me suis beaucoup plus tracassée quand elle m’a été retirée, parce que je tremblais à l'idée qu’on ait pu l’enlever d’une famille pour la placer dans une institution. J’avais perdu toute trace d’elle, je n'ai jamais eu la certitude qu'elle ait été aussitôt adoptée, je ne sais pas si elle est "bien tombée" ou pas, et c'est, entre autres choses, surtout cette INCERTITUDE qui a fait la différence.
Et non pas «l’amour» que j'éprouve pour mon enfant.
Ce qui, à différence de mon fils, nous a unies plus profondément, c’est essentiellement le fait que nous avons partagé un fameux bout d'histoire ensemble … et non pas «les liens du sang»...
Je ne suis jamais «tombée amoureuse» d’aucun de mes deux enfants, ni pendant la grossesse, ni après l’accouchement, ni après leurs premiers mois de vie… Jamais il ne m’est venu à l’idée de bercer mes enfants dans mes bras ou de leur dire «je t’aime mon bébé»...
Je suis contente de SAVOIR, d’avoir des CERTITUDES, mais l’idée de devoir entrer en contact avec ce fils (et je peine d’ailleurs à prononcer ce mot, ne l’ayant jamais ressenti comme tel) me dérange plus qu’autre chose; je n’en vois pas la nécessité puisque je n'éprouve aucun sentiment pour lui et que lui-même ne me cherche pas, alors que depuis 12 ans il en a la possibilité.
Je suis contente et rassurée de SAVOIR AVEC CERTITUDE où se trouve ma fille, et je compte, pour l'instant, essayer de la suivre dans l’ombre et à distance, mais je n'ai guère envie d’aller lui bouleverser sa vie une nouvelle fois pour retourner nous replonger toutes les deux dans un monde de vieilles souffrances que, elle autant que moi probablement, avons eu tant de mal à cicatriser.
Mais il n'en reste pas moins vrai que mes enfants sont complètement sortis de ma vie depuis longtemps et qu'ils n'y ont plus leur place en tant que tels.
Une réunion dans de telles circonstances est-elle souhaitable ?
Mais aussi... Suite à mon histoire, deux grandes interrogations se sont imposées à moi avec évidence, la première étant :
Les liens du sang "parlent-ils" vraiment?





