Texte libre



« Les histoires des enfants abandonnés n'ont pas toujours le même déroulement  heureux (la maman qui revient, comme dans les fables), parce que, souvent, les mères s'en restent au loin et ne reviennent jamais plus en arrière. Soit elles souffrent comme des bêtes et se traînent alors dans une vie de remords. Ou bien elles effacent cette douleur, elles la rayent de leur vie et en recommencent une nouvelle, là où il ne s'est rien  passé, là où cette histoire n'a jamais eu lieu.»

Extrait de l'article « Elle avait abandonné son nouveau-né » - LA STAMPA – 9/11/2003



Tomber enceinte, c'est l'affaire de quelques secondes.
Décider d'avorter ou non, c'est l'affaire de quelques semaines.
Se préparer à devenir mère, c'est l'affaire de quelques mois.
Accoucher d'un enfant, c'est l'affaire de quelques heures.
L'élever, c'est l'affaire de toute une vie...

Et quand les rêves s'évanouissent? Quand 
«les joies de la maternité» se transforment en fardeau, voire même en enfer ??



www.maman-blues.org

Lire mon autre témoignage à ce sujet dans l'article intitulé:
"Faut-il accoucher pour être mère?"...


MON HISTOIRE 4

Octobre 2004
– Bien que n’ayant jamais cessé, de près ou de loin et, comme tout le monde, avec des hauts et des bas, de suivre l’évolution du combat des adoptés italiens pour le DROIT AUX ORIGINES, je décide, par solidarité avec eux, de repartir à l’attaque, de relancer le débat.  

Mon but premier ?
Voir «enfin» d’autres mères de naissance apparaître et prendre la parole sur le Web italien!
En effet, je ne comprends pas… Moi qui suis la moins maternelle de toutes, qui ne suis pas en souffrance, moi qui ai «oublié» mon enfant, du moins dans mon cœur, et qui ne me traîne pas dans une vie de regrets ou de remords, moi qui ne me sens «coupable» de rien, sinon d’avoir donné la vie à un être humain pour ensuite l’abandonner (je n’ai pas avorté par lâcheté, mais si la pilule du lendemain avait existé, je n’aurais probablement pas hésité longtemps), comment se fait-il que moi, mère indigne, je sois après 5 ans d’appels et d’attente, toujours la seule et unique mère naturelle à oser s’exprimer, à raconter, à réclamer un DROIT DE SAVOIR OÙ EST MA FILLE avant que «ne sonne le glas» ?? !
Il y a à tout cela un tel non sens, quelque chose qui m'échappe...


Je mets donc en ligne un site Internet bilingue français-italien. Forte de ma bonne connaissance des deux langues, je m’associe avec le site italien Astro Nascente auquel je propose de calquer le combat sur celui de la France, où une association de Mères dites «de l’Ombre» existe depuis plusieurs années déjà, en lui expliquant que le versant «mères» était le maillon fort de la chaîne, les mères détenant la vérité et tout le secret d’une naissance, que ABSOLUMENT TOUT partait d’elles et que ce combat ne prendrait réellement du poids qu’au travers d’elles. Et que seule une prise de conscience de leur part permettrait d’avancer.

Novembre 2004 – 15 jours avant la date anniversaire de ma fille (18/11/1982), l’inspiration me vient soudainement, et en un quart d’heure je rédige quelques lignes sous forme de «Lette ouverte à ma fille» que j’envoie aussitôt par mail et par lettre à la rédaction du quotidien italien «Il Secolo XIX» de Gênes, région où ma fille aurait été adoptée.

«Le hasard» (??) veut que ma lettre tombe dans les mains d’un journaliste qui semblait être concerné «de très, très, près par l’adoption» (j’ignore à quel titre, mais je peux m‘en douter…), et qui, 10 jours après, me sort un article d’une demi page, déballant à sa façon une bonne partie de ma vie.
 
Le vrai départ était donné, je ne pouvais plus faire marche arrière, il m’avait peaufiné une bonne carte de visite, je ne pouvais pas laisser passer l’occasion. Quelques jours après, je suis contactée par la chaîne TV nationale italienne RAI2 qui veut «m’aider à retrouver ma fille» sous condition que je participe à Noël ou à Nouvel An à une de leurs très populaires émissions… Ce que, pour plusieurs raisons, notamment de santé, je dois (et je mentirais si je disais «malheureusement») refuser.
En fait, je crois que la journaliste s’attendait à se trouver en face d’une «maman en sanglots prête à tout pour retrouver son enfant»… Elle était plutôt mal tombée… Non, décidemment, tous me prenaient au dépourvu, tout allait trop vite, je n’étais pas prête, ni à affronter une caméra que déjà je déteste, et encore moins un public italien qui, rien qu’à prononcer le mot «maman», se met déjà à pleurer !

Octobre 2005 – Après 3 ans de traitement par vaccin (tous les mois la 1ère année, toutes les 6 semaines la 2ème, tous les 3 mois la 3ème), je suis en rémission complète. Mes 35 nodules sous la peau ont disparu, la science et mon moral ont réussi à me stabiliser…
Les médecins eux-mêmes n’en reviennent pas. «Vous ne finirez jamais de nous étonner» me disent-ils à chaque fois qu’ils me rencontrent dans les couloirs.
C'est vrai que je reviens de loin, oui, mais, pour combien de temps encore… ?

Insidieusement cependant, les effets secondaires ont fait des ravages. Mes forces et mes énergies diminuent d’année en année, la fatigue chronique est devenue le nouvel ennemi à combattre, mais - oh cercle vicieux ! - contre lequel je ne trouve plus la force de lutter, par manque d'énergie…
 
Fort heureusement, tous mes plaisirs, toutes mes passions sont chez moi, dont une bonne partie sur mon PC, ce petit bijou de technologie qui réunit des personnes d’un extrême à l’autre de la planète.
Désormais mon bonheur à moi est dans la liberté absolue, le silence et l’isolement. La solitude m’accompagne depuis le berceau, il m’aura fallu 50 ans pour apprendre à l’apprivoiser d’abord, à l’aimer ensuite: je me retiens donc maintenant une femme comblée, et après tout ce que j’ai passé, aussi terriblement chanceuse!
Car, oui, j’ai la chance d’avoir encore mes 2 jambes et mes 2 bras valides, d’avoir un petit emploi et un petit 28 M2 où vivre et me réfugier en paix, d’avoir encore mes 2 yeux pour voir, mes 2 oreilles pour entendre, et un esprit encore suffisamment lucide que pour pouvoir lire et écrire et exprimer toutes les choses que j'ai encore à dire.

Mais de quoi les adoptés se plaignent-ils donc toujours? N’y a-t-il pas une «limite» à leurs plaintes ou gémissements à respecter ? Je peux comprendre, soutenir, adhérer et compatir pleinement à la «blessure primitive» et à cette exigence profonde (pour certains d’entre eux) de vouloir connaître ses origines (à condition toutefois que cela ne rime pas avec «maman»), je peux me ranger aux côtés de ceux qui militent pour l’obtention de ce DROIT FONDAMENTAL de l’homme, mais je ne peux accepter l’obsession, les excès (ni «d’amour», ni de haine), le stade du mur des lamentations, de la «persécution» ou de la hargne contre les adoptants ou les institutions de l’État tels qu’on peut les trouver en certains endroits.

« OUI à l’adoption, NON au secret ! ». Nul n’est à l’abri d’un échec social ou familial, et ce n’est pas dans les familles adoptives que l’on retrouve les pires cas de maltraitance sur l’enfant, mais bien dans les familles biologiques.
 
Et les mères dans tout cela?
Pour moi la réponse est purement et simplement dans ces quelques lignes, claires et concises, écrites par un journaliste italien dans son article intitulé « Elle avait abandonné son nouveau-né » (LA STAMPA – 9/11/2003) - VOIR  PLUS HAUT -

Quant à la «bonne recette pour l’apaisement» des personnes adoptées, c’est sans doute au travers de ce témoignage d’un jeune adopté italien de 19 ans, actuellement en quête de ses origines, que j’ai pu trouver une des meilleures réponse à donner:

« L’important, c’est de SAVOIR. Ton histoire était déjà écrite, et tu sais où elle t’a menée, c’est juste que tu ne la connais pas: alors, découvre-la et puis, mets-la de côté ! »


Et entre Novembre 2004 et Novembre 2005, que s’est-il passé ?

Décembre 2004 - Je me place «en observation»: pendant des mois je découvre et je lis des témoignages de mères, d’adoptés (ou non) et d’adoptants français, je m’instruis, et je reste surtout la première étonnée devant ces histoires de mères victimes et dépossédées de leurs enfant, je n’imaginais même pas que de telles situations puissent exister!
Avec mon petit caractère, à leur place, tôt ou tard, je me serais probablement rebellée aussi… (bien que, pas sûr, j’aurais sans doute «cicatrisé» très vite…), mais certainement pas en m’entremettant dans la vie de mon enfant avant sa majorité, cette façon de faire me choque profondément! Je ne peux concevoir ce manque de respect envers la famille adoptive, sans compter le risque de nouvelle déstabilisation d’un enfant adolescent que l’on court.

Car, quelles qu’aient été les circonstances de l’abandon, à moins d’avoir subi un viol ou un inceste, la mère a quand même consenti à un rapport sexuel, et a donc toujours sa part de tort et de responsabilité à assumer.
 
Et puis, quel est le pourcentage de femmes dans leur cas? S’agit-il d’une petite minorité…, la grande majorité des femmes ayant, tout comme moi, depuis longtemps oublié et tourné la page? Où suis-je moi l’exception, l’extra-terrestre, la seule inhumaine au cœur de pierre??
Heureusement que l’actualité, les forum de discussion, les chiffres officiels publiés dans divers pays et les statistiques sont là pour me répondre et me rassurer!

Mais où sont donc toutes ces mères et ces enfants remplis d’émotion qui se tombent dans les bras l’un de l’autre au moment des retrouvailles?! Pourquoi la majorité des mères «s’enfuient-elles» lorsqu’elles sont retrouvées? Pourquoi faut-il déployer tant d’efforts de «médiation» et de moyens pour qu’une mère accepte de lever le secret sur son identité ou même simplement de se montrer? Ah, que c’est beau «l’immense et éternel amour maternel»!
Aujourd’hui plus que jamais, je reste donc convaincue que ce sont bien les mères au cœur déchiré qui forment l’exception. Et si vous parvenez un jour à me prouver le contraire, et bien, ce sera TANT MIEUX,  car ce sera alors le premier VRAI  grand pas vers la Victoire pour le droit aux origines !

Je m’étonne également de cette sorte de «discrimination» qui est souvent faite entre mères ayant reconnu (mais abandonné tout de même !) leur enfant, et mères ayant «accouché sous X» que l’on retrouve sur certains sites, tant français qu’italiens…
Pour celles qui souffrent, leur souffrance est-elle donc tellement différente ? N’est-il pas encore plus cruel et plus douloureux pour une mère qui tient à ses enfants de se les voir «enlever» après les avoir connus et élevés pendant plusieurs mois, parfois plusieurs années, plutôt que de se voir retirer un enfant qu’on a à peine ou même jamais entrevu à la naissance? Les femmes ayant accouché sous X ont-elles l’exclusivité du malheur et de la souffrance?
Et ce n’est pas parce qu’une femme a reconnu son enfant qu’on lui octroie le droit de le retrouver! 
Un enfant/adolescent/adulte ne recherche-t-il pas avant toute chose sa mère «biologique»? Ou bien à l’avenir devra-t-il aussi d'abord se préoccuper que sa mère ait bien accouché dans le plus strict anonymat sous peine de se voir «exclu du clan»? !
Bizarrement d'ailleurs, parmi les quelques rares mères ayant timidement osé «sortir de l’ombre» sur les forums italiens, 2 sur 3 sont des mères ayant reconnu leurs enfants. Tiens, tiens, seraient-elles plus aimantes, plus en souffrance, ou plus maternelles que les autres?!

LE MOT DE LA FIN...

Voilà pourquoi, bien que membre du bureau et solidaire de deux associations représentatives du combat pour DROIT AUX ORIGNES, et bien que souhaitant de tout cœur que ces adultes en recherche trouvent la maman (ou l'enfant) dont ils rêvent, je ne peux toutefois que continuer mon chemin et mon exploration toute seule, sous peine de blesser des tas de personnes dont, même avec la meilleure volonté du monde, je ne parviens pas à partager les sentiments.  

Pour ce qui est de la France, «l’accouchement sous X» n’est pas mon combat, le DROIT AUX ORIGINES, oui. Certains ont bien compris la nuance, d’autres pas. Pas grave, les premiers grandissent, les autres ternissent: bon vent à ces derniers.

Pour ce qui est de l’Italie, le gouvernement ayant, depuis juillet 2005, lancé une immense campagne de sensibilisation visant à faire connaître et à «promouvoir» l’accouchement anonyme, et vu la foule de réactions que cette annonce a suscité sur les adoptés – 0 sur près de 600 inscrits, tous «leaders» compris ! – il apparaît désormais plus qu’évident que la bataille est perdue d’avance, si elle a même jamais commencé !

La seule et unique qui ait réagit, c’est une mère «d’Origine», indigne, ayant reconnu son enfant, non maternelle et non en souffrance, et qui plus est, malade et étrangère… Allez donc y comprendre quelque chose…
Donc, côté italien, nous continuerons dorénavant à nous échanger de gentils petits messages de consolation… et à nourrir des tas de fausses espérances dans le cœur de centaines de personnes…

Mais, sur au moins un point, nous sommes je crois TOUS bien d’accord:
Oui, « l’accouchement sous X »  a encore de très beaux jours devant lui !




« L'idée d’avoir été abandonné(e) provoque de la souffrance, il est inutile de le nier. Chacun surmonte cela à sa façon, il y a ceux qui choisissent le détachement et ceux qui par contre veulent rencontrer leurs parents au moins une fois.
C’est aussi naturel que boire un verre d'eau.»
Journal Terredimezzo – Décembre 2004 - Italie



DROIT AUX ORIGINES

 POURQUOI CHERCHER?


Pour régler ses comptes avec le passé

Pour prévenir les maladies génétiques

Pour dire: « Oui, maintenant JE SAIS, et c'était
MON DROIT! »



10 novembre 2005 – Le témoignage de A… (Italie)

 
 

« J’ai depuis peu connu ma mère naturelle. Pour moi cela a été important même si cela n’a pas été la classique fable au grand beau final.

Cela a quand même été une expérience profonde qui m’a énormément changé. J’ai rempli beaucoup de vides que je portais en moi depuis 18 ans (j’en ai 30). Des choses qui peuvent sembler banales, pour moi, ont été une découverte: j’ai les yeux de ma mère, et aussi son sale caractère -:)) »…



 

 MAIS L’HISTOIRE NE S’ARRÊTE PAS LÀ POUR AUTANT…


NOVEMBRE 2005

 Un mois chargé d’émotions… de toutes sortes. 

18 novembre, date d’anniversaire de ma fille qui fêtera, joyeusement ou tristement (?) ses 23 ans, un événement incroyable se produit: j’aurais peut-être réuni un frère et une sœur, de la France à l’Italie. Nouveau miracle de la vie? Mais pourquoi juste en ces jours-ci, alors que l’annonce du frère était sur nos fichiers italiens depuis presque deux ans ?!! Quelle force mystérieuse m’a poussée à me pencher «soudainement» à nouveau sur ce cas que j’avais pris particulièrement à cœur il y a quelques mois?

 19 novembre, ce frère italien «retrouvé» fête aujourd'hui ses 32 ans, en larmes, après la découverte de sa supposée histoire que je viens de lui révéler. A l’autre bout du fil, en France, une sœur pleure de joie… 

22 novembre, c’est le nouveau verdict qui tombe: l’heure de la récidive tellement attendue et redoutée a sonné. Le cancer s’est propagé à la rate. Ma 6ème opération chirurgicale se prépare donc.

9 décembre, la sensation d'un destin qui devait s'accomplir s'accroît comme jamais auparavant: ce soir le téléphone a sonné... pour m'annoncer... que l'on avait retrouvé ma fille !  Pour l'instant, dans mon coeur et dans mon esprit, toujours aussi peu d'émotion, juste beaucoup d'appréhension pour le nouveau drame que cela pourrait déclencher dans la vie de cette jeune fille...  qui a cessé d'être ma fille depuis une éternité...



Vendu gratuitement sur le net

Un site d'enchères en ligne néerlandais (www.marktplaats.nl, l'équivalent batave d'eBay, situé à Emmeloord) a retiré mardi soir une annonce dans laquelle une mère se proposait de donner gratuitement son fils d'un an.
« Il n'a pas de maladie et je le donne parce que j'ai tant de soucis en tête et que je ne suis pas très bonne pour m'occuper des enfanst »,
selon le texte qui accompagne l'annonce.
L'auteur(e) se prétend être une mère de quatre enfants, victime du stress.
www.lesoir.be du 11 janvier 2006



PARLONS  "STATISTIQUES"...

16 décembre 2005 - Journal "Le Quotidien"

Région Saguenay/Lac-Saint-Jean (Québec-CA)

Voilà ce que démontrent les statistiques compilées par la directrice régionale du Mouvement Retrouvailles, Denise Boudreau. En ce moment, elle compte 700 dossiers ouverts dans la région.

De ce nombre,

12 % sont des dossiers de mères qui recherchent,

30 % ont été initiés par des hommes adoptés,

58 % par des femmes à la recherche de leur mère.



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"Ce n'est plus mon enfant..."

A 26 ans, je donnais naissance à un petit garçon.  

A presque 34 ans, je donnais naissance à une petite fille. 

 

Tous les deux, plus au moins au même âge (4 ans ½), ont fini par suivre le même chemin: celui de l’adoption.

MATERNITÉ, LIENS  DU  SANG: REGARDONS LA VÉRITÉ EN FACE

LES THÈMES TRAITÉS ET RECHERCHÉS:

ABANDON, ADOPTION, ORIGINES et... MATERNITÉ: quel lien?

DÉSIR D’ENFANT - GROSSESSE – ACCOUCHEMENT: quels liens en découlent?

QUELLES «MÈRES» SE CACHENT DERRIÈRE UN ABANDON OU UNE NAISSANCE ANONYME?

L’ABANDON, UN GESTE D’AMOUR: mythe ou réalité?

QUELLE PLACE ACCORDER AUX «LIENS DU SANG»?

PEUT-ON RESTER INDIFFÉRENT ou NE PAS S'ATTACHER À SON PROPRE ENFANT?

REVOIR SON ENFANT,
«UN BESOIN VISCÉRAL»???

PEUT-ON OUBLIER SON ENFANT?


QUELLE PLACE ACCORDER A LA MÈRE DE NAISSANCE?

La maternité "inscrite dans le corps des femmes"? Oui, mais pas par choix!  Pour moi, elle n'aura été qu'une expérience comme une autre, un acte purement (et inconsciemment) égoïste...

Car, si la maternité traverse naturellement l'esprit de toute femme, toutes les femmes ne sont pas nécessairement faites pour être mères.


ÊTRE MÈRE:

Envie, curiosité, désir ?

«Réalisation» ou «Frustration»?

L’INSTINCT  MATERNEL: «Amour» ou «Possession»?

ET  LE  DROIT  DE  DIRE: «Maternité? Non merci!»... QU'EN FAIT-ON?


ACCOUCHEMENT  ET  «NAISSANCE»: qu'est-ce qui fait la différence?

 Faut-il obligatoirement se sentir «mère» pour accoucher?  Les mères porteuses, qu'en pensent-elles?


LE PHÉNOMÈNE «MARCELA IACUB »: fiction ou réalité?

OSONS ENFIN LEVER LES TABOUS SUR TOUTES CES THÈSES DÉRANGEANTES !



Traduction française de la lettre publiée sur le quotidien italien
« Il Secolo XIX » du 17 novembre 2004 à l'occasion du 22ème anniversaire de ma fille
 
« 18 novembre 1982: chère Eleonora, je t’attends »
Lettre ouverte à ma fille
 
Vers environ la moitié de l’an 1987, je recevais une lettre du Tribunal des Mineurs de Gênes: j’étais invitée à me rendre fin décembre devant la Cour pour défendre mon droit de maternité… Au cas où je ne me serais pas présentée, ton statut d’enfant «adoptable» aurait alors été déclaré.

Je venais à peine de te confier à une famille d’accueil que je connaissais, tout près de l’endroit où, depuis le 18 novembre 1982, je t’avais élevée durant tes 6-7 premiers mois de vie, et où, à l’époque, nous avions encore un tout petit bout de toit à nous, dans un trou perdu de l’arrière pays de la ville d’Albenga.

Le malheur était que je me trouvais alors tellement loin de la Riviera (côte nord-méditerranéenne), et que pour pouvoir rejoindre Gênes en provenance de Naples, il fallait aussi avoir deux sous de côté ainsi que la possibilité de m’absenter au moins 4 jours du travail: hélas, je ne disposais d’aucune de ces deux ressources. Le travail était denrée rare, et dormir à l’hôtel, ça coûtait cher, même si c’était loin d’être un cinq étoiles…

Famille je n’en avais plus, ni personne d’autre à qui demander de l’aide. Après quatre années de luttes incessantes passées à errer par monts et par vaux changeant de ville ou de pays presque chaque mois et sautant d’un train à l’autre (avec une dizaine de valises et souvent toi en plus sous le bras), moi, des forces, je n’en avais plus, ni physiques, ni mentales… et Dieu sait pourtant si ces dernières chez moi sont dures à mourir...
Un travail, un toit, une épaule sur laquelle nous appuyer, un maigre espoir d’un futur quelconque, nous n'avions rien de tout cela..
J’ai fait la seule chose qui me restait à faire pour notre salut: tenter de sauvegarder au moins le tien d’avenir. Toi qui maintenant as encore la vie devant toi, tâche de ne pas la gâcher comme moi je l’ai gâchée… car c’est pour ton bonheur que je me suis séparée de toi.

Moi je ne te recherche pas, parce que, plus ou moins, je sais où tu es et que je sais que tu es bien… du moins en apparence...
Mais intérieurement… « Comment vas-tu »?
Je ne te recherche pas parce que je ne veux pas te perturber plus, ni toi, ni la famille qui depuis 17 ans t’élève avec amour. Je ne te cherche pas… parce que je ne saurais probablement pas quoi te dire, ni comment t’expliquer. Je ne te recherche pas… parce que sûrement tu ne comprendrais pas, et parce que je crains ta colère, ta rancœur, ton incompréhension.
 
Mais il est important que tu saches que, si je ne te cherche pas, en revanche, je suis là à t’attendre. Tôt ou tard, le cancer aura raison de moi et il est important que tu saches qui tu es et d’où tu viens. Un être humain ne peut pas vivre sereinement sans connaître ses racines. Une femme qui met au monde un enfant ne peut pas vivre ou mourir sans JAMAIS se faire connaître : c’est DISHUMAIN !

Ciao Eleonora: certainement en ce jour très spécial de ton anniversaire tu es aussi très triste, et qui sait combien de terribles pensées harcèlent ton esprit. Tu veux savoir si aujourd’hui je pense à toi? Voilà ma réponse. Tu veux me connaître? Tu n’as qu’à allumer un PC et te connecter à Internet: tu me trouveras facilement.

De Bruxelles, ta maman biologique.


... Ce à quoi, Luisa Forti, la journaliste chargée de la rubrique, répond:
 
 
« Chère amie, je publie votre lettre avec grande appréhension: après avoir enlevé toutes les références qui pourraient permettre à votre fille de se reconnaître. Votre histoire est malheureuse et douloureuse. Mais avez-vous pensé à comment votre fille pourrait réagir face à sa maman "biologique"? Chère Madame, les enfants sont de ceux qui les élèvent et non pas de ceux qui les génèrent. Les plus modernes écoles de pensée font référence aux drames que pourrait subir une créature adoptée et déjà insérée dans le monde qui devrait rencontrer la mère biologique, jamais connue. Madame, soyez généreuse, et repensez-y. Veuillez vraiment du bien à votre fille et laissez-la vivre où elle est. Le risque est grave: celui de lui déchirer le coeur.»



Et... Réplique immédiate d'un confrère du même quotidien...!

Traduction française de l’article me concernant, publié par Marco Menduni le 28 novembre 2004 sur le quotidien italien «Il Secolo XIX».


De nombreux fait ont été déformés, ou bien, ne respectent pas l'ordre chronologique: c'est pourquoi vous trouverez des annotations en rouge.



Elle laissa l’enfant et se transféra en Belgique. La jeune fille a maintenant 23 ans (sic, 22 !) et vit à Gênes.
Appel à la fille donnée en adoption

La mère: «Je ne la cherche pas, mais j'espère qu'elle voudra me parler»

Gênes - Elle vit dans un studio à Bruxelles et passe ses soirées à l'ordinateur, sur Internet. Elle cherche à établir un contact avec la fille qu’elle a donnée en adoption en 1987. «Par pauvreté, fatigue désespoir», raconte M. B., 56 ans. Après une existence difficile, gravement malade, elle lance son message sur la toile. «J'ai su que ma fille, qui a aujourd'hui 23 (sic, 22 !) ans, vit à Gênes. Je ne la cherche pas et je ne veux pas troubler la sérénité de qui l’a élevée. Mais je souhaite qu'elle puisse me trouver, si elle le voudra». À la jeune fille, elle a même écrit une lettre : «Je peux tout t'expliquer. J'ai fait l’unique chose possible pour protéger ta vie».



- L'HISTOIRE -
En 1987, la femme avait confié l'enfant à des connaissances, parce qu'elle n'était pas en mesure de l’élever. Maintenant elle est gravement malade.
 
« Je voudrais seulement retrouver ma fille »
 M. B. sait que sa fille a été adoptée et qu’elle vit à Gênes.
 
Bruxelles - De l'unique fenêtre d’un petit flat de 28 m2 de l’avenue de l'A., un regard sur la propre existence est inévitable. Les arbres, le Palais royal, la (relative) tranquillité qui scande les temps d'une capitale moins chaotique que tant d’autres métropoles européennes...
C’est un écrin à l’écart du monde, un petit nid, un laboratoire d'alchimiste où méditer et reparcourir l'existence. Ici M. B. passe ses soirées à écrire. Elle confie sa mission à l’Internet. Retrouver la fille, qu’en 1987, elle a donnée en adoption «par dénuement, fatigue, désespoir».
Elle sait, et c’est l’unique chose qu’elle est parvenue à savoir, que sa fille vit à Gênes. Elle a 23 ans (Sic, 22 !). «En réalité, dit-elle, je ne la cherche pas. Mais, par contre, je veux qu’elle puisse me trouver, si elle le souhaite». Elle lui a même écrit une lettre, publiée sur (le quotidien de Gênes) « Il Secolo XIX » (en page 39, édition du 17 novembre).
 
Une vie, celle de M. B., qui bouleverse les convictions les plus profondes, qui échappe au sens commun du redit et du tenu pour escompté, une vie marquée par des choix importants et douloureux. Abandonner une fille de l’âge de presque cinq ans, convaincue que «le mieux était l'adoption, pour lui donner un futur serein, pour lui offrir une vie meilleure». Tout comme, à 17 ans, fuir le lycée et une destinée pourtant prometteuse, par refus des règles. Pour l’amour de la nuit, de la transgression, de la clandestinité. Et puis, aujourd'hui, remercier la maladie (un mélanome) qui, il y a sept ans, lui a fait entamer un compte à rebours… qui semblait inévitable : et pourtant M. est toujours là.

(À 50 ans, je tiens à le préciser…) «J'étais toujours dans la misère, j’étais presque dans la rue. Lorsqu’on m’a diagnostiqué la maladie, j'ai pu commencer à bénéficier des aides sociales. Quelque sou, un toit. Le verdict était alors de 5 ans de vie. Au lieu de cela, 7 années ont déjà passé. La maladie n'est pas vaincue, elle a seulement ralenti son cours; j'ai trouvé un travail, je suis employée dans la fonction publique». Un salaire de 1.137 € (mais qui, n'ayant plus la force pour travailler à temps plein, va diminuer à partir de 2005...) par mois pour payer son loyer et s’assurer une vie digne et non plus seulement à la sueur de son front.
 
M. a passé tout un après-midi, celui du 16 novembre, assise à son bureau, dans ce minuscule open space qu'est son habitation. Assise devant son ordinateur, à tapoter sur son clavier et à remplir les espaces vides de son site Internet. À écrire une lettre à sa fille. Née le 18 novembre 1982, vécue avec la mère pendant presque 5 ans. Jusqu’à ce jour où, à bout, contrainte par son travail d’entraîneuse à vivre en permanence avec les valises en main et, «sans plus aucune force, ni physique, ni mentale», M. décide de la confier à une famille (… ou plus exactement, à une autre encore, la 6ème !). Une famille qui, d’après ce qu’elle a pu savoir, vit à Gênes. C’est l’unique information, parce que toutes les autres sont protégées par une roche de granit de secret et de silence. «Je ne cherche pas ma fille - répète M. B. - et je ne veux pas troubler la sérénité de ceux qui depuis 17 ans prennent soin d'elle. Je ne la cherche pas, mais je l'attends. Je veux qu'elle sache que, si jamais elle le voudra, je suis là. Prête à lui expliquer».

M. B. est une femme de 56 ans. Dans ses rides, les restes d'une beauté juvénile effrontée et intrigante s’entrecroisent avec les souffrances d'une vie difficile, «gâchée», chuchote-t-elle en hochant la tête.
Fille d'un industriel belge de la fabrication du plastique, orpheline (de père) à l’âge de 2 ans. La mère qui prend alors en main les rênes de l’administration de la société, et M. qui finit en internat. Elle étudie en riche héritière de famille, et apprend cinq langues. À dix-sept ans, elle fuit cette vie pour la première fois. «Je voulais danser, j’aimais vivre la nuit. J'aimais les discothèques».
Le diplôme, les spécialisations s’envolent alors en fumée. Ces années sont celles de l’argent facile, du monde éblouissant et psychédélique des bars de nuits. «D’abord barmaid, puis danseuse». Et puis entraîneuse...

L'aventure italienne s’annonce bien. Engagements, demandes, le faste des pourboires des années '80. M. s'établit dans un village de l’arrière-pays d’Albenga (Savona). Elle travaille dans les night-clubs de Gênes et des bords de mer. (Faux! Dans ce métier-là, on change de ville tous les 15 ou 30 jours)
«Entre-temps, ma mère est décédée et j’ai aussi fait un gros héritage». (Sic! Pour l'héritage, rapidement dilapidé d'ailleurs, c'était quelques années avant...)

Ensuite la rencontre avec deux hommes. (Sic! Avec une vie de nuit et aventureuse comme la mienne, plutôt comique...)  «Le premier m’a impliquée dans une série d'opérations immobilières ruineuses et m'a dépouillée de tout. (Totalement faux!)
Le second était marié. Ma fille est de lui. Il ne l'a jamais su (Faux! Il le savait parfaitement bien), mais moi j'ai décidé de la garder».

Décision très courageuse, mais combien insoutenable: «Je ne voulais plus travailler dans les night-clubs. Mais je ne savais plus rien faire d’autre (Sic!). J’ai tenté de faire la serveuse, mais je ne parvenais pas à subvenir à nos besoins, à moi et à la petite. Tout ce que je gagnais partait pour payer les baby-sitters (et les familles d'accueil privées...).

Et ainsi, M. s’en retourne aux flûtes, au champagne, aux tables enfumées. Le nouvel eldorado  s'appelle Naples, mais elle n'est plus toute jeune, plus aussi désirable. «On changeait de local tous les 15 jours». Je laissais la petite toute seule la nuit à l’hôtel, je rentrais à cinq heures du matin, à sept heures je la portais à la crèche. Je ne dormais que quelques heures». Quatre années passèrent ainsi. M. est une femme défaite. Je suis retournée chez moi, sur la Riviera. J'ai confié l'enfant à une famille d'amis (Sic! … d’accueil). Je leur ai demandé de me la tenir quelques semaines (Faux. J'espérais qu'ils pourraient en obtenir la garde à "très, très, long terme"...), le temps que je puisse me reposer, me reprendre. Mais après deux mois, ils se sont alarmés et ont averti les services sociaux. C’est ainsi que sont intervenus les magistrats».

On est en octobre 1987. M. reçoit une lettre du Tribunal de la Jeunesse de Gênes: «Je devais me présenter pour défendre mon droit de maternité». Mais M. ne le fait pas: «À ce moment-là, j’ai compris que c’était l'unique moyen de protéger au moins l'avenir de ma fille».

Depuis lors, la vie de cette femme est une lente descente aux enfers, sans espoir de résurrection (Ben... N'exagérons tout de même pas -:))). Elle a alors 40 ans. Trop vieille pour que les clients fassent encore sauter des bouchons de champagne pour elle. Elle retourne à nouveau chez elle, sur la Riviera. Elle fait la femme de chambre. Un ami (Faux. Par petite annonce...) lui procure un travail dans une famille (italienne) en Allemagne. Mais cette opportunité-là s’évanouit aussi. M. retourne alors en Belgique. Elle n’a pas un sou en poche. «J'étais presque dans la rue». C’est ainsi que les assistants sociaux la trouvent, perdue et vidée. Elle est hospitalisée. On lui diagnostique un mélanome. «Cela a-t-il un sens de dire que la maladie a été mon salut? Pour moi, oui. Car c’est à partir de là que, pas à pas, j’ai pu reprendre le contrôle de ma vie».
 
Son sourire d’adieu est cordial. Après quoi, M. se perd à nouveau dans son ordinateur. Elle fréquente deux sites (www.sosabbandono.com et http://groups.msn.com/S-O-S-Abbandonoeadozione), elle cherche un contact avec sa fille. Elle sait que celle-ci vit à Gênes. «Je ne la cherche pas. Mais j'espère qu'elle aura envie de me trouver. En me cherchant sur Internet».
 
Par Marco Menduni



MAIS  CECI  EST  LA  VRAIE  VERSION  DES  FAITS...

Il y a 18 ans je me résignais à donner en adoption une petite fille pour laquelle j’avais pourtant lutté de toutes mes forces. J’avais alors 38 ans, elle en avait 4 ½. «Nous» étions sans famille, sans demeure fixe, nous vagabondions de ville en ville depuis sa naissance, non pas dans une vie de misère, loin de là, le nécessaire ne nous ayant jamais manqué, plutôt nous «stagnions» dans une vie de luxe apparent où le gain était relativement facile mais aussi très aléatoire. Mais qu’importe, le résultat était le même: nous vivions au jour le jour, «de port en port» et valises toujours à la main. Un engrenage sans fin, aucune lueur d’espoir pour l’avenir, aucun changement en vue, aucune amélioration ni à court ni à long terme à l’horizon...
Je fuyais les services sociaux comme la peste sachant pertinemment bien que m’en remettre à eux signifiait «la fin de tout», qu’on me l’aurait aussitôt «enlevée». Et surtout, j’aurais eu alors à leur rendre des comptes sur mes moindres faits et gestes, ce qui, avec mon caractère rebelle et indépendant, rien qu’à y penser, m’était tout à fait insupportable.

- Petite REMARQUE en passant : cela ne vous semble-t-il pas ABERRANT qu’une mère en difficulté doive « craindre » les services sociaux ?! -

« Les familles pauvres ont tellement peur du placement de leurs enfants qu'elles refusent souvent d'ouvrir la porte. Une fois le placement fait, il est très difficile de revenir en arrière.»

Marie-Cécile Renoud, d'ATD Quart-Monde
Article complet sur S-O-S-Abbandono e Adozione

Jusqu’au jour où… «Des gendarmes» (!) vinrent l’arracher à la famille d’accueil à qui je l’avais, en désespoir de cause, finalement confiée pour (à leurs dires…) la placer dans une autre famille. J’étais épuisée, fatiguée de me battre. J’ai donc laissé faire en me disant: «Advienne que pourra, où qu’elle aille, elle sera toujours mieux qu’avec moi, l’adoption est la seule issue possible. Elle a besoin d’amour, de stabilité, d’aller à l’école, d’avoir une famille comme tout le monde; la garder avec moi, c’est faire son malheur».
Pour moi c’était une question de survie, pour elle une question de bon sens.
Pour elle au moins une vie meilleure s’annonçait. Pour moi, par contre, rien n’a jamais changé, ni en 10 ans, ni en 20 ans. J’ai continué à trimbaler mes valises, à vivre au jour le jour, de petit boulot en petit boulot et d'amours brefs en amours clandestins jusqu’à l’âge de 52 ans, je n’ai jamais ni fait ni refait ma vie, mon seul et unique compagnon de voyage étant actuellement un cancer qui, au sens réel du terme, depuis huit ans tente «d’avoir ma peau»

J’avais donc pris la bonne décision, jamais je n’ai regretté mon choix, ma fille était à l’abri du besoin et avait tout ce que je n’aurais jamais pu lui offrir. Connaissant maintenant le parcours que j’ai suivi par la suite, je n’ose pas imaginer les souffrances et la tristesse que je lui aurais procurées si je n’avais pas coupé complètement les ponts avec elle… Jamais je n'aurais pu la reprendre ni pourvoir à ses frais et à son éducation.

Soulagée, j’ai donc tourné la page. Quand on prend ce genre de décision on sait parfaitement bien que c’est définitif, qu’il n’y a pas de retour en arrière possible et que rester là, telle une matière inerte, à souffrir ou à pleurer sur son sort ne sert à rien. L’oubli est la seule option possible.
«Notre» histoire se termine ici. Les faits se déroulaient en Italie, où j’ai résidé pendant près de 20 ans. Après quoi, la vie a suivi son cours. Ma destinée aussi. J'avais choisi de retourner vivre libre et sans enfant, et jamais, au grand jamais, je n'ai regretté ma décision.

Toutefois, je me dois de prévenir les lecteurs que tout ceci n'est que le premier volet de mon histoire et que d'autres surprises les attendent encore, le moment de lever le voile sur la seconde partie se rapprochant désormais à grands pas...

... et dont, après 30 ans de silence, voici la teneur...

Mardi 21 mars 2006
"Marié à une Tahitienne qui a abandonné ses enfants âgés de 1 et 3 ans, pourrait-on poser la question aux femmes sur le plateau, qui ont fait la même chose, d'expliquer comment, après avoir porté ces petits êtres, elles peuvent effecer de leur mémoire ces instants qui sont si beaux? (grossesse, accouchement,...)
Mon ex-épouse a abandonné ses enfants, je le précise, parce que les élever ne permettait plus de "s'amuser"!!!
Je n'ai aucune haine contre elle, ça fait 11 ans qu'elle est partie, elle n'a jamais cherché à revoir son fils et sa fille, elle n'a envoyé que 3 cartes postales les deux premières années.
Je pense pour autant (et je me suis battu pour cela), que les enfants doivent se faire une idée seuls. Je me refuse à leur interdire d'écrire (téléphoner est plus dificile vers Tahiti, en raison du coût). Ils verront plus tard quelle suite donner à l'attitude de leur mère.
Merci d'avance si cette question peut être posée, cet ou ces avis sont importants pour m'aider à comprendre un peu et expliquer ensuite un peu mieux à mes enfants."

Un témoignage relevé sur le forum de l'émission "Ça se discute, Jour après Jour"
(Septembre 1999 - Voir plus loin)




Je ne crois pas aux liens du sang, pour la bonne et simple raison que...


Avant ma fille, j'ai eu un autre enfant... Un garçon ("accidentel" lui aussi, mais que j’ai tout fait pour garder, défiant même ma mère, simplement parce que j'étais amoureuse du père, un italien rencontré en vacances), que j'ai eu, à Bruxelles, à l'âge de 26 ans, et pour lequel, une fois né, je n'ai pas ressenti grand-chose non plus. Sans doute est-ce dû au fait que je ne m’en occupais pas beaucoup et que, étant seule et travaillant la nuit, je devais forcément le confier à des crèches privées ou à des familles d’accueil. Il a finalement suivi le même chemin que ma fille.
Vers ses 4 ans, suite au peu d’intérêt que je semblais porter à mon enfant, les services sociaux s'en sont mêlés, et ils me l'ont enlevé pour le donner en adoption. Je n’ai ni lutté, ni rien fait pour contester. Ma mère, qui ne s’en occupait guère plus que moi (car pas trop, trop, maternelle elle non plus et aussi trop prise par son travail et autres obligations ou loisirs), a juste tenté de pouvoir en assumer la tutelle, qui lui fut toutefois refusée. Pour ma part, je n’ai jamais été convoquée ou interrogée par personne, pas d’entretien avec qui que ce soit, pas l’ombre d'un psy ou d’une assistante sociale. Il est vrai que j’appartenais à une famille aisée, donc ce n’était pas leur problème…

La seule différence entre ces 2 adoptions, est qu'avec la loi belge qui garantit le droit aux origines, ma mère, de son vivant, avait en revanche été autorisée à rencontrer son petit-fils quelques fois par an, et donc, je sais tout sur lui, son nouveau nom, prénom et adresse, le genre de famille qui l'a adopté... ... mais je ne me suis jamais intéressée de savoir quoi que ce soit, comme si tout cela ne me concernait déjà plus… Et plus que probablement, lui aussi sait tout sur moi, du moins sur ses origines et le début de son histoire... Il n'a qu'à ouvrir un bottin téléphonique pour me trouver (il n'y a que moi à Bruxelles avec mes nom et prénom), je suis de retour en Belgique depuis 9 ans, et je n'ai jamais eu signe d'une tentative de recherche de sa part.

De mon côté, ce fils n'a jamais vraiment compté ni existé pour moi, c'était une erreur, voire même une folie, de jeunesse, un accident de parcours, un acte de complète immaturité et irresponsabilité, un caprice de petite fille: c'était devenu «à la mode» d'être fille-mère à cette époque-là, j’étais fière de pouvoir aller me promener, moi aussi, comme toutes mes copines, au parc ou en ville avec mon landau et mon poupon.
Mais, bien qu’habitant juste à côté de la crèche, je n'allais que rarement le voir, je payais les frais pour qu'il ne manque de rien, mais devoir aller le chercher les après-midi ou le week-end m’embêtait plus qu’autre chose. Car sur le plan affectif, je pense qu’il ne s’est jamais créé de lien réel entre lui et moi, et lui-même d'ailleurs ne semblait guère bien me connaître: je venais, je partais, on se séparait sans problème ni scènes de pleurs, moi je n’éprouvais pour lui ni amour particulier ni indifférence, notre relation se vivait tranquillement, ni plus ni moins, comme si cela était tout simplement normal. Mais je ne me rappelle pas avoir jamais serré cet enfant très fort dans mes bras; il faisait dorénavant partie de ma vie puisque je l'avais voulu, oui, mais je ne l’ai jamais ressenti comme «une partie de moi», et je n’ai gardé que très peu de souvenirs de lui… Juste ces bizarres petits coups de pieds dans le ventre, le terrible mal au dos des derniers mois, les horribles et insupportables douleurs des contractions qui durèrent deux jours, et le fameux «merde!» que ma mère proclama en salle d’accouchement lorsqu'on lui annonça que c’était un garçon!
Et puis aussi…, ces pleurs, ces hurlements qui n’en finissent pas et dont on ne comprend pas la raison, ces pleurs épouvantables qui parvinrent à me rendre à moitié folle au point de finir un jour par le battre avec une ceinture pour le faire taire… le seul geste qui me soit resté sur la conscience au fil du temps...
Des joies, des émotions intenses, du bonheur, des souvenirs heureux ou plaisants? Rien dont je me souvienne… Il était sage, facile et bien réussi, oui, de cela j’étais fière…

Quand on me l'a enlevé (après quand même une tentative de ma part de le «soustraire» aux services sociaux en l’envoyant séjourner plusieurs mois en Tunisie, dans la famille de mon «fiancé» du moment - un splendide mâle aux yeux verts, mais qui vivait à mes crochets!...), j'ai quitté la Belgique pour recommencer une autre vie ailleurs et tourner définitivement la page sur le passé, mais surtout sur la vie débridée que je menais.
J'ai oublié ce fils très rapidement, en moins d’un an, et depuis, je n'ai pratiquement plus jamais pensé à lui, à aucun Noël ou jour d'anniversaire sa pensée ne m'a plus traversé l'esprit. Et d’ailleurs, pourquoi aurais-je dû être triste? La vie me souriait à nouveau et j’en profitais au maximum, j’avais à peine fait un gros héritage, j’étais jeune, belle et courtisée, j’avais réalisé mon rêve – aller vivre en Italie sur la Méditerranée – tandis que lui grandissait heureux et serein avec des frères et sœurs, sans donner le moindre signe de souffrance ni créer le moindre problème... Il était sûrement mieux là où il était qu'avec moi.
Mais aussi,
«JE SAVAIS» OÙ IL ÉTAIT ET QU'IL ÉTAIT EN BONNES MAINS....

Et aujourd'hui, (25 ans après), je n'éprouve toujours pas la moindre envie de le revoir. Pour moi cet épisode fait partie d’un très lointain passé qui ne semble même plus m’appartenir, c’est une affaire classée depuis longtemps, un dossier enfoui sous des tonnes d’autres souvenirs beaucoup plus marquants et importants. S'il devait un jour me contacter, je l'accueillerais gentiment et surtout avec curiosité, mais comme un simple étranger, ni plus ni moins, je lui donnerais les explications qu'il attend, mais je doute très fort que mon coeur se mette à battre d’émotion, tout comme je doute fort que s’entendre raconter tout ceci puisse lui être d’un grand réconfort...

À différence de ma fille pour qui, 7 années après, j’ai dû vraiment lutter toute seule – peu de temps après sa naissance, je perdais ma mère, mon seul et unique point de repère –, que j’ai tenue de longues périodes avec moi - créant ainsi inévitablement des liens d’attachement -, et pour qui, pendant 4 ans, je me suis réellement arrachée les cheveux de la tête afin de trouver des solutions à notre situation, l’idée de l’abandonner ne m’ayant JAMAIS effleurée un seul instant.

À différence de ma fille donc pour qui je me suis beaucoup plus tracassée quand elle m’a été retirée, parce que je tremblais à l'idée qu’on ait pu l’enlever d’une famille pour la placer dans une institution. J’avais perdu toute trace d’elle, je n'ai jamais eu la certitude qu'elle ait été aussitôt adoptée, je ne sais pas si elle est "bien tombée" ou pas, et c'est, entre autres choses, surtout cette INCERTITUDE qui a fait la différence.
Et non pas «l’amour» que j'éprouve pour mon enfant.

Ce qui, à différence de mon fils, nous a unies plus profondément, c’est essentiellement le fait que nous avons partagé un fameux bout d'histoire ensemble … et non pas «les liens du sang»...
Je ne suis jamais «tombée amoureuse» d’aucun de mes deux enfants, ni pendant la grossesse, ni après l’accouchement, ni après leurs premiers mois de vie… Jamais il ne m’est venu à l’idée de bercer mes enfants dans mes bras ou de leur dire «je t’aime mon bébé»...


À ce jour, 10 janvier 2006, date à laquelle pour la toute première fois, je confesse publiquement ce second «abandon», je suis en possession des adresses de mes deux enfants…

... Et, passée la secousse des premiers jours qui m’ont soudainement mise face à cette double révélation, dans ma vie rien n’a changé…

Je suis contente de SAVOIR, d’avoir des CERTITUDES, mais l’idée de devoir entrer en contact avec ce fils (et je peine d’ailleurs à prononcer ce mot, ne l’ayant jamais ressenti comme tel) me dérange plus qu’autre chose; je n’en vois pas la nécessité puisque je n'éprouve aucun sentiment pour lui et que lui-même ne me cherche pas, alors que depuis 12 ans il en a la possibilité.

Je suis contente et rassurée de SAVOIR AVEC CERTITUDE où se trouve ma fille, et je compte, pour l'instant, essayer de la suivre dans l’ombre et à distance, mais je n'ai guère envie d’aller lui bouleverser sa vie une nouvelle fois pour retourner nous replonger toutes les deux dans un monde de vieilles souffrances que, elle autant que moi probablement, avons eu tant de mal à cicatriser.

Mais il n'en reste pas moins vrai que mes enfants sont complètement sortis de ma vie depuis longtemps et qu'ils n'y ont plus leur place en tant que tels.

Une réunion dans de telles circonstances est-elle souhaitable ?


Mais aussi... Suite à mon histoire, deux grandes interrogations se sont imposées à moi avec évidence, la première étant :


La suite se trouve dans l'article intitulé:

Les liens du sang "parlent-ils" vraiment?